La simplicité, qualité première des futurs outils Analytics ?

Pour se prêter au petit jeu de l’anticipation, il peut être utile de se pencher en premier lieu sur le fonctionnement traditionnel des outils analytiques et opérationnels.

La séparation entre système opérationnel et analytique provient à l’origine de la quantité de données traitées par chacun et des structures techniques qui en découlent. Le premier doit traiter de petites quantités de données, fréquemment, en lecture et écriture, et le second de grandes quantités, surtout en lecture et plus rarement.

L’avènement des bases in-memory, telles que SAP HANA, renforcé par l’abstraction des serveurs que représente le cloud, doit conduire à gommer la distinction entre les deux environnements. Elle existe encore aujourd’hui, mais au contact d’un client on évoquera plus volontiers ses besoins, son métier plutôt que la spécialité de chaque outil. Pour un responsable commercial par exemple, il n’y a aucun sens a priori d’avoir une séparation nette entre, d’un côté, l’historique des commandes en valeur par client, et de l’autre les fonctions de validation des nouvelles commandes.

Si l’on regarde l’évolution des outils sur le long terme, on constate que la tendance va dans le sens d’une simplification des outils et de leur enrichissement.

  • Simplification pour que l’usage soit le plus naturel possible, sans effort de formation ou de compréhension.
  • Enrichissement par de nouvelles fonctionnalités permettant de répondre aux attentes concernant l’affichage, la connexion, l’administration, etc (exemple ici avec SAP BusinessObjects 4.2 SP3).

Certains exemples, pour ne citer qu’eux, illustrent comment une démarche dans le sens de la simplification pour les utilisateurs conduit au succès commercial  :

SAP BusinessObjects a connu le succès initialement grâce à des outils qui proposaient aux utilisateurs une vue des bases de données permettant une analyse rapide. Il n’était plus besoin de lancer des requêtes SQL pour obtenir une analyse, mais simplement de déplacer des objets dans un rapport. Cela a conduit à la création d’outils de restitution nombreux pour utiliser ces données. Depuis le rachat par SAP, un effort est mené pour réduire le nombre d’outils et améliorer l’intégration entre les solutions SAP.

Qlikview, solution BI dont la principale innovation d’origine fut l’associativité des sélections, rendue possible par la rapidité d’une base in-memory. L’idée fut de proposer des critères de filtre basés sur les données présentes dans la base analysée et sur les filtres déja renseignés. Par exemple, si je choisis d’analyser les ventes du client A, je peux ensuite sélectionner parmi les produits qu’il a achetés, et non parmi toute la base de produits. Apparemment anodine, cette fonctionnalité simple et rapide, appliquée à tous les tableaux de bord, change radicalement la façon dont l’utilisateur effectue son analyse. Elle fut ensuite reprise par d’autres éditeurs.

Adaptive Insights, solution EPM en cloud qui connaît une forte croissance en s’adressant aux directions financières avec leur vocabulaire et leurs habitudes, et en laissant entre leurs mains l’essentiel du paramétrage. En faisant abstraction des aspects techniques, elle permet de mener rapidement des projets de mise en œuvre. Elle a conquis ainsi de très nombreux utilisateurs et figure parmi les leaders du Magic Quadrant de Gartner. Désormais, d’autres éditeurs proposent des solutions EPM cloud simplifiées, telles que SAP BusinessObjects Cloud.

De nombreuses évolutions, déjà évoquées dans un précédent article, ont déjà eu lieu et vont encore se renforcer; la fusion entre opérationnel et décisionnel, le cloud, le libre-service, la mobilité font déjà partie des acquis. A partir de ces exemples et des récentes innovations, on peut imaginer que les outils à venir seront encore plus simples et naturels. Voici quelques nouvelles évolutions possibles :

Interface homme-machine en langage courant

Il suffira de poser une question pour obtenir la réponse orale ou écrite. Le principe même de « formulaire de saisie » devrait disparaître pour les usages les plus simples, tout comme le smartphone permet aujourd’hui de couvrir de plus en plus de besoin sans avoir recours au clavier.

Réduction des fonctionnalités

L’inflation de fonctionnalités de détail s’explique par un jeu entre les utilisateurs finaux en attente de ces fonctionnalités, les experts et conseils férus de nouveautés et les éditeurs menant une course sur le « plus » qui peut faire la différence lors de la vente. Mais cela a aussi des effets négatifs : un surcoût (développement, intégration, maintenance, formation) et une complexification du paramétrage et de l’utilisation. Des outils simples, mieux inter-connectés mais peu coûteux devraient prendre rapidement des parts de marché.

Assistant de décision

Ces outils sont déjà proposés par certaines startups. Avec eux, il sera possible d’obtenir des analyses commentées, effectuées grâce à un fonctionnement proche de celui du cerveau humain (collecte et analyse pour enrichir l’argumentaire ou la contradiction) et multi source. L’assistant travaillera en continu et proposera à l’utilisateur, au moment qui lui semble opportun, le détail de sa réflexion accompagné de sa conclusion et des actions proposées. Ces actions pourront être prises en charge par l’assistant. Par exemple, les éléments indiquant une augmentation prochaine du prix de matière première donnera lieu à une proposition d’achat.

Nouvelles représentations de l’information

En plus des représentations classiques sous forme de graphiques ou de tableaux, de nouvelles formes verront le jour, s’appuyant sur la 3D et la réalité augmentée. Ceci ouvrira la voie à l’utilisation de sens différents tels que le toucher ou l’ouïe. Il ne s’agira plus de consulter un tableau et afficher les chiffres qui composent une somme, mais de manipuler ces données comme de la matière, la diviser, l’isoler, la creuser, la transformer, la partager, etc.

Proactive Analytics

Le défaut des outils de BI est de ne répondre qu’aux questions qu’on leur pose, ou plus exactement de permettre de « fouiller » dans les données pour tenter de trouver une réponse ou une explication. Les outils proposeront spontanément des analyses sur ce qui semble être utile, compte tenu des enjeux et des objectifs de l’utilisateur. Il ne s’agira donc plus d’une approche par rôle, qui ne peut résumer à elle seule les attentes d’un utilisateur, mais d’une approche intelligente basée sur les objectifs personnels.

Si la tendance de fond est d’offrir de la simplicité aux utilisateurs, on constate que ceci n’est possible qu’en s’appuyant sur une technologie plus puissante pour dissimuler une complexité croissante.

Ces évolutions semblent une lointaine perspective, mais il en était de même il y a quelques années pour le cloud, la mobilité ou le in-memory. Une direction financière qui construit encore son budget sur Excel peut déja bénéficier de forts gains de productivité en quelques jours, là où elle aurait dû y consacrer des mois auparavant. Le bénéfice réel obtenu par les clients sera le moteur de toutes ces évolutions possibles, compte tenu des besoins, de l’existant, des moyens disponibles, humains et financiers, et de la maturité de la technologie.

About the Author

Laurent Allais
Laurent ALLAIS est expert en solutions d'élaboration budgétaire, business intelligence et pilotage des performances (CPM), avec plus de 18 ans d'expérience dans ce domaine. Il intervient dans l'aide au choix de solutions, l'analyse des besoins métier et la mise en oeuvre des solutions EPM, en particulier SAP et Adaptive Insights. Après avoir fondé Artens et dirigé l'activité CPM de Viséo, il fonde Alsight en 2012, spécialiste d'Adaptive Insights en France et créateur de la solution freemium AssignUp. Il est intervenu chez plus de 50 clients, dont Renault, PSA, AGF, Embraer, Airbus, UCPA, Mega, Roquette, Pimkie, Chanel, L'Oréal et Fnac. Contact : Laurent.allais@expandbi.com