SAP dans le Magic Quadrant BI & Analytics 2016 de Gartner : Analyse

Gartner a dévoilé le Magic Quadrant BI & Analytics Platform 2016, révélant traditionnellement les éditeurs placés parmi les leaders, les visionnaires, les challengers ou les « niche players », selon les critères « Ability to Execute » et « Completeness of vision ». Alors qu’on pouvait s’attendre à une évolution lente des différentes positions par rapport à l’année dernière, c’est un changement complet qui apparait. A quoi cela est-il dû et pourquoi SAP est-il passé de Leader à Visionnaire ?

Un rôle central dans le choix des solutions

On peut bien entendu nuancer le poids de l’analyse de Gartner, critiquer le fond (pertinence des axes) et la forme (matrice), et détailler la façon dont il convient de l’utiliser. Dans le rapport, l’auteur précise d’ailleurs plusieurs fois qu’il est déconseillé de comparer les MQ d’une année à l’autre et de ne pas l’utiliser seul pour le choix des fournisseurs :

« Readers should not use this Magic Quadrant in isolation as a tool for vendor selection. This year, Gartner has dramatically modified and modernized the underlying BI and analytics platform definition in order to reflect the segment of the overall market where the majority of active net new buying is taking place. As a result of this change, historical comparison with Magic Quadrants from previous years is irrelevant and is strongly discouraged. »

Pour autant, chacun sait que le MQ reste un outil utile dans le cadre des appels d’offre pour mettre au point une première liste d’éditeurs à solliciter pour y répondre. Les consultants qui aident au choix des solutions se basent sur le MQ pour justifier leur démarche, les services des achats en tiennent compte pour une première évaluation, les clients voient d’un bon oeil qu’une solution préconisée y apparait en bonne place. A contrario, on serait surpris de ne pas trouver dans une pré-sélection un éditeur pourtant très bien placé (bien que ceci serait justifié par le contexte de l’entreprise, les expériences passées ou plus simplement par l’absence de représentant de l’éditeur en France, etc.). Bref, malgré ses défauts il est souvent utilisé dans le choix des solutions.

Face à la puissance de Gartner dans ce contexte, les éditeurs orientent leurs stratégies en fonction des critères du MQ de manière à se placer dans une position favorable et à l’utiliser comme argument de vente. D’autres analystes (Nucléus, BPM…) et d’autres études de Gartner (« les utilisateurs notent leurs solutions ») donnent aussi des informations très utiles pour se faire une opinion plus précise et plus pertinente.

Les deux axes de la matrice n’ont d’ailleurs pas la même portée puisque le premier se concentre sur le produit, les fonctionnalités, alors que le second représente la capacité de l’éditeur à satisfaire le marché et comprend des critères tels que les services, le marketing, les opérations, etc.

Une évolution majeure du MQ BI & Analytics

Pour Gartner, ce nouveau MQ reflète une évolution des attentes autour de la BI de la part des utilisateurs.

« During the past several years, the balance of power for business intelligence (BI) and analytics platform buying decisions has gradually shifted from IT to the business as the long-standing BI requirement for centrally provisioned, highly governed and scalable system-of-record reporting has been counterbalanced by the need for analytical agility and business user autonomy. »

En réalité, cette évolution n’est pas nouvelle et bien connue (nous l’évoquions déja dans un blog de 2009 : « La business intelligence de demain : tendances« ). Mais elle a pris désormais une telle ampleur que Gartner a décidé de changer drastiquement sa définition même de BI & Analytics pour le MQ et de séparer les solutions en deux groupes : celles qui répondent aux nouveaux critères figurent dans ce MQ; les autres, qui correspondent à une architecture « classique » basée sur des modèles de données pré-définis et sur des outils mis en place par l’IT, seront présentés dans un nouveau guide : « market Guide for enterprise reporting-based platforms ».

On perçoit ici la volonté de Gartner de proposer dans le MQ non pas l’exhaustivité des solutions, répondant à tous les contextes, mais de suivre les évolutions technologiques au plus près, au risque de minimiser artificiellement la pertinence d’autres architectures.

Ce que dit le MQ BI & Analytics sur les solutions SAP

Le Magic Quadrant 2016 fait apparaitre trois leaders : Tableau, Qlik et Microsoft. SAP figure parmi les visionnaires.

Copyright Gartner 2016

Copyright Gartner 2016

Si SAP passe de sa position de « Leader » a une position de « Visionnaire », c’est en particulier du fait de ce changement de critères. Parmi les solutions proposées, seules ont été retenues celles qui correspondent à la nouvelle définition : SAP Lumira et SAP Cloud for Analytics :

« SAP Lumira in combination with the SAP BusinessObjects Business Intelligence platform offers important critical capabilities for a modern BI platform and some visionary aspects, such as the self-service data preparation and smart data discovery features (in SAP Lumira). In addition, the combination of BI, planning and advanced analytics offered by SAP Cloud for Analytics contributed to SAP’s favorable position on the Completeness of Vision axis ».

Les outils suivants ont été écartés du MQ car ne répondant pas aux critères de sélection pour cette matrice : SAP BusinessObjects Design Studio, SAP BusinessObjects Dashboards, SAP BusinessObjects Crystal Reports, SAP BusinessObjects Web Intelligence, SAP BusinessObjects Analysis edition for Office.

Ainsi, le score de « Completeness of vision » est dû à deux outils récents : SAP Lumira et SAP Cloud for Analytics, qui proposera une combinaison de fonctionnalités unique dans ce domaine et qui renforce particulièrement l’offre de SAP malgré sa récente mise sur le marché.

Il est toutefois surprenant de retrouver dans ce MQ une solution que nous aurions plutôt placée dans le MQ EPM. Les outils EPM permettent d’effectuer le pilotage des performances grâce à des fonctions de reporting, de planning et de consolidation. La frontière entre les deux mondes est donc parfois très mince, et s’il est justifié de voir figurer ici SAP Cloud for Analytics, on pourrait s’attendre à voir également les concurrents EPM cloud s’adressant au même marché tels que Host Analytics, Adaptive Insights ou Anaplan. Le prochain MQ sur EPM permettra sans doute de mieux percevoir le positionnement relatif des outils selon Gartner.

Si Gartner souligne des points forts dans l’offre de SAP, tels que l’intégration entre les solutions, la bonne compréhension du marché ou la plateforme SAP BusinessObject Business Intelligence platform, il met en garde sur certains aspects défavorables tels que le nombre encore trop faible d’utilisateurs en Cloud et Lumira, et une satisfaction utilisateur encore insuffisante.

On remarquera enfin la nouvelle position des concurrents traditionnels de SAP : Oracle n’apparait simplement plus dans le MQ, tandis que IBM reste parmi les visionnaires mais avec un score particulièrement faible sur l’axe « Ability to execute ».

Ce que dit le MQ BI & Analytics sur SAP

La position dans l’axe « Ability to execute » est justifiée par Gartner par un mauvais score sur les critères « product quality », « customer experience » et « operations ». En effet, cet axe ne traite pas du produit en tant que tel mais de la capacité de l’éditeur à satisfaire le marché et les clients du point de vue de son organisation.

SAP’s relatively low scores in product quality, customer experience and operations affected its rating for Ability to Execute.

Cet élément a toujours été un point d’alerte de la part de Gartner. Le score des années précédentes était relativement élevé mais il était le résultat entre des éléments forts (la présence internationale, la capacité de développement, la puissance et l’étendue des fonctions internes) et des retours moins favorables sur la relation commerciale ou l’expérience utilisateur.

 

En conclusion, cette année le MQ BI & Analytics a « renversé la table » en prenant en compte les évolutions du marché et des solutions autour de certains besoins modernes de libre-service, d’ergonomie, de cloud, etc. Dans un secteur fort concurrentiel, ou s’affrontent des éditeurs de toutes tailles, les « leaders » de la matrice (Qlik, Tableau et Microsoft) vont tirer profit de ce rayonnement, tandis que SAP se maintient parmi les visionnaires grâce à des solutions récentes.

Si cela peut être perçu à court terme comme un mauvais coup pour SAP, il renforce néanmoins la stratégie déja engagée par l’éditeur et l’invite à accélérer sur cette voie :

– Développer SAP Cloud for Analytics, dont la roadmap promet un positionnement unique sur ce marché
– Maintenir une intégration forte entre toutes les solutions, notamment l’ERP et la plateforme SAP HANA
– Améliorer la qualité de la relation commerciale et les services aux clients SAP

 

Laurent Allais, 8 février 2016.

Les extraits sont issus de Magic Quadrant for Business Intelligence and Analytics Platforms, à télécharger sur le site www.gartner.com.

About the Author

Laurent Allais
Laurent ALLAIS est expert en solutions d'élaboration budgétaire, business intelligence et pilotage des performances (CPM - FP&A), avec près de 20 ans d'expérience dans ce domaine. Il intervient dans l'aide au choix de solutions, l'analyse des besoins métier et la mise en oeuvre d'Adaptive Insights, leader mondial des solutions cloud Financial Planning & Analysis. Après avoir fondé Artens et dirigé l'activité BI-CPM de Viséo, il fonde Alsight en 2012, spécialiste d'Adaptive Insights en France. Alsight a rejoint Génération Conseil en 2019. Il est intervenu chez plus de 50 clients, dont Renault, PSA, AGF, Embraer, Airbus, UCPA, Mega, Lizéo, Elitechgroup, Roquette, Pimkie, Chanel, L'Oréal et Fnac. Contact : Laurent.allais@expandbi.com